# 5 Le coeur blessé

Bonjour.  Ici le père Edwin Keel.  Je suis un prêtre Mariste et promoteur du laïcat mariste.  Cet
entretien est le cinquième d’une série d’entretiens portant sur la spiritualité Mariste.
Nous avons parlé de la joie comme mode de vie de Marie et des Maristes.  Et nous avons entendu l’
explication du Père Jean-Claude Colin, fondateur des Maristes, par rapport à notre manière de goûter
Dieu.  C’est ce qui nous transformera et rendra capable de connaître la joie de Dieu.
Le Père Colin a dit lors dans une autre circonstance : « Vous devez apprendre à goûter Dieu; eh oui,
goûter Dieu… Goûter Dieu c’est se sentir le cœur blessé. »  La vie spirituelle est une transformation
qui se fait de par la grâce de Dieu.  « Car notre Dieu est un feu dévorant » comme l’indique l’épître
aux Hébreux (12, v 29).  En se rapprochant de Lui Il nous saisit, nous épure et nous change.  
Plusieurs auteurs et mystiques spirituels parlent d'être blessés.  Parfois ceci est en référence à notre
prise de conscience de notre état de péché et de notre indignité devant la grandeur de notre Dieu.  
D'autres fois, c’est en référence à des expériences qui font fondre nos cœurs de pierre.  Abraham
Joshua Heschel était un grand sage et penseur juif du 20ème siècle.  Lors d’une entrevue au centième
anniversaire de sa naissance, sa fille Susannah Heschel, qui est elle-même une théologienne juive
respectée, a été demandée comment son Père avait pu endurer l’épreuve de la mort de sa mère, de
ses sœurs, et de d'autres parents, aux mains des nazis.  Elle répondit : « Il y a une expression dans le
Zohar [un traité mystique juif antique] qui dit que seulement quelqu'un avec un cœur brisé est une
personne entière.  C'est un énoncé très mystérieux qui peut s’interpréter comme suit : quand le cœur
est brisé, alors la présence de Dieu vient et le remplit. »  Je dirais également qu'un cœur brisé, un
cœur blessé, s’il se laisse remplir par la présence de Dieu, aura également de l’espace pour les
autres.  Si, de par la foi, nous soutenons nos douleurs, nous serons plus sensibles aux douleurs des
autres et plus compréhensif à leur égard.
Nous avons vu dans un de nos entretiens précédents que Marie n'a pas gardé sa joie pour elle-même,
mais l’a partagée avec d'autres.  Le Père Colin voulait que les  Maristes aussi  apportent la joie à
d'autres.  C'est pourquoi qu’il voulait qu’ils apprennent à  « goûter Dieu » et se « sentent le cœur
blessé ».  C’est seulement si notre cœur est brisé, en quelque sorte, par les épreuves de la vie,
seulement si la grâce de Dieu nous libère de notre complaisance et de notre égoïsme, seulement si
nous en venons à reconnaître la miséricorde que Dieu a eu pour nous, seulement après avoir reconnu
notre vulnérabilité que nous pourrons véritablement exercer la bonté de Dieu envers les autres et
semer en leur cœur l’amour divin.
Pour le Père Colin, goûter Dieu est la clef à la préparation du service aux autres.  Ceci, aussi bien
pour les prêtres et religieux que pour les laïcs.  Il était convaincu de la puissance de la grâce de Dieu
dans nos vies si nous nous rendions disponibles et prenions le temps d’apprécier sa présence dans
nos vies.  Le Père Colin a dit « si une personne n'a pas goûté Dieu, cette personne n'est pas morte à
elle-même. »  Une autre fois le Père Colin dit à un prêtre qui était responsable du programme pour
un séminaire  (et ceci s’appliquerait à n'importe quel programme destiné au service chrétien) « L’
homme ne peut rien faire dans ce domaine, c'est l’œuvre de Dieu!  Si une fois qu’ils sont unis à
Dieu, ils gagneront plus en un jour que par tout ce vous pourriez faire pour eux.  Oui, si une fois qu’
ils ont goûté Dieu, il ne vous restera plus qu’un problème : celui de les retenir. »
Ainsi, la clef à l’engagement et à l'ardeur dans le service aux autres est de goûter Dieu et de mourir à
soi-même.  Voici le témoignage d'une des pionnières des sœurs missionnaires Maristes.  En 1868,
après plusieurs années dans les missions du Pacifique du sud où le climat et les rigueurs de la mission
eurent des effets néfastes sur sa santé, elle a écrit ces mots dans une lettre au supérieur général des
Maristes :
« J'ai toujours aimé la Société de Marie, elle a été une mère pour moi, alors je ne l’oublierai jamais,
ni ses missions où notre Seigneur m'a permis de goûter la douceur de ses miséricordes.  Je suis
heureuse de lui avoir donné ma santé et j'espère qu’avec la grâce de Dieu je pourrai donner toute la
force qu’il me reste afin de servir Jésus, où et comme Il le veut. »
Le mode de vie Mariste est de fournir un service avec joie.  Si nous nous embarquons sur ce chemin,
nous devons goûter Dieu, mourir à soi-même, apprendre à connaître la douceur des miséricordes de
Dieu dans notre propre vie, et nous donner au service des autres, partageant notre joie avec eux et les
aidant à découvrir la miséricorde de Dieu dans leur vie.  Voilà la voie de Marie!  Voilà la voie des
Maristes!

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