# 2 La joie : un mode d’agir

Bonjour.  Ici le père Edwin Keel.  Je suis un prêtre Mariste et promoteur du laïcat mariste.  Cet
entretien est le deuxième d’une série d’entretiens portant sur la spiritualité Mariste.
Dans notre premier entretien, nous avons examiné comment la voie de Marie commence dans la
joie.  Je voudrais suggérer maintenant que cette joie n’était pas seulement un élément occasionnel
mais plutôt très important pour elle puisque c’était sa vie vécue dans la joie.
La Bible nous présente Marie comme étant une qui obéit aux requêtes de Dieu et lui dit toujours oui.  
C’est ce qu’elle fit à l'Annonciation quand elle dit : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’
advienne selon votre parole. »  Et il n’a fallu qu’une simple insinuation de l'ange au sujet de sa vieille
cousine qui était enceinte pour qu’elle « se lève en vitesse et se mette en route vers la région
montagneuse » pour venir en aide à Elizabeth.  Un voyage d'environ soixante-dix milles sans l’
avantage d'automobile ou d’autobus.  Lorsque Jésus est né, lorsqu’il a été présenté dans le temple, et
encore lorsqu’il a été perdu et puis retrouvé dans le temple, Marie nous apparaît émerveillée par les
mots qu'elle a entendus, et gardant toutes ces choses dans son cœur elle y réfléchissait.  Et quand, au
pied de la croix, son fils lui a demandé d’accepter sa mort pour nous,  et de diriger désormais son
amour maternel vers le disciple et envers nous, elle s’est soumise, en dépit du supplice atroce que
cela exigeait d’elle.  Et la clef à cet empressement c’est la joie d’accomplir la volonté de Dieu.  Par
deux fois on nous dit que c'est la joie qui la guidait sur la route.  D'abord, à l'heure de la Visitation,
Elizabeth s’exclamant dit à Marie : « Bénie sois-tu d’avoir cru que ce qui t'a été dit de la part du
Seigneur s’accomplirait. »  Et le deuxième instant fut quand Jésus corrigea l’envolée d’une femme
dans la foule, qui pensait que le bonheur de Marie provenait des liens maternels qu’avait goûté Marie
en le portant dans son sein et l’allaitant : « Plutôt, bénis sont ceux et celles (y compris Marie) qui
entendent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »  Le mot « béni », dans le Grec du
Nouveau Testament, vient de la même racine que le mot « joie. »  Croire dans les promesses de
Dieu et agir sur la parole de Dieu : voilà la joie de Marie.  Marie a toujours agi sur la parole de Dieu
car c'est là la source de sa joie.  Marie était en contact avec la joie profonde en elle-même : dans son
Magnificat elle déclare : « mon esprit se réjouit en Dieu mon sauveur. »  Elle a fait confiance à cette
joie, et cette joie l'a toujours menée là où elle devait être et devait faire.  Elle a suivi sa joie.
Mais qu’en est-il de toutes les douleurs de Marie ?   Les « sept douleurs de la Vierge » sont une
vieille dévotion populaire.  Selon celle-ci, il semblerait que la vie de Marie passait de tristesse en
tristesse plutôt que de joie en joie.
À vrai dire, la joie n'est pas incompatible avec la douleur et la souffrance.  La joie de savoir que nous
sommes sauvés, la joie de savoir que nous sommes aimés de Dieu, nous soutient lors de nos
moments de souffrance.  Ceci ne veut pas dire que nous nous sentons joyeux et exubérants quand
nous subissons une grande douleur ou angoisse mais que la joie est plus profonde que la douleur et
nous soutient durant la souffrance.
La lettre aux Hébreux nous indique que « Jésus a enduré la Croix par amour de la joie qui l’attendait
».  Mais ce n'était pas simplement une joie du future, car la joie l'a soutenu sur la croix même.  À
Fribourg en Suisse, il y a un cloître des religieuses cisterciennes.  Sur une des stalles du chœur dans
leur chapelle, il y a une très vieille gravure de la crucifixion de Jésus.  Jésus est là, cloué à la Croix.  
Et il rit !  L'artiste qui a créé ce crucifix essayait apparemment de nous dire que la joie qui a soutenu
Jésus était plus puissante que la douleur qu’il subissait, plus puissante même que le sentiment de l’
abandon de Dieu et ceci, parce qu'il savait qu'il apportait le salut au monde, parce qu'il savait que lui,
et non pas Satan, riait le dernier.
J'ai récemment lu un livre intitulé The Colony, par John Tayman.  C'est l’histoire de la colonie de
lépreux sur l'île de Molokai en Hawaï, rendue célèbre par le Bienheureux père Damien de Veuster de
la communauté des Cœurs Sacrés.  Il y a exercé son ministère au dix-neuvième siècle.  Vers la fin du
livre, l'auteur cite un des membres de la communauté parlant de ses confères résidant à la colonie : «
Plus nous souffrons, plus nous avons de force.  Plus nous avons de douleur, plus nous sommes
proches les uns les autres.  La vie est comme ça.  Si vous n'avez pas souffert, alors vous ne
connaissez pas ce qu'est la joie.  Les autres peuvent en savoir quelque chose mais ceux qui sont
passés par l'enfer et la marée haute de la souffrance la ressentent plus profondément, je pense... »
Le père Jean-Claude Colin, fondateur des Maristes, suivait ce sentier de joie et désirait que ses
Maristes s’y engagent aussi.  Un jour il a dit au père Fournier, qui était apparemment un individu
plutôt sévère : « Allouez-vous d'être possédé par la joie.  La joie est bienfaisante lorsqu’elle provient
de Dieu… Dansez un peu.  La gaieté apporte un peu de soulagement à la nature. »  Dans une autre
circonstance, quand le père Colin voulant que ses Maristes cessent de se centrer sur eux-mêmes et se
prendre trop au sérieux, il leur dit : « Rions, parce que Dieu veut que nous riions – nous pleurerons
en d'autres occasions.  La vie est un mélange de rires et de pleurs.  Suivons le chemin devant nous
avec nos yeux fixés sur notre ‘bon’ Dieu. »
Maintenant, évidemment, suivre notre joie ne veut pas dire de prendre la sortie facile.  Cela ne
signifie pas de faire ce qui est le plus agréable ou plaisant.  Pour suivre ma joie, je dois être en
contact avec mon âme.  Je dois avoir un certain sens de ce qui me rend vraiment heureux.  Je dois
avoir un certain sens de ce qui apporte la paix et la satisfaction profonde dans ma vie.  La
contemplation est le nom que nous donnons au processus de découvrir le chemin à la joie.  Le mot
contemplation signifie prendre le temps de poser la question, « Ma vie a-t-elle un sens ? »  « Qui suis-
je ? »  « Pourquoi suis-je venu, pourquoi suis-je ici, où vais-je ? »  Nous avons vu Marie faire ceci.  
Elle s’interrogeait et considérait toutes les paroles qu'elle entendait, tous les événements qu’elle vivait
et toutes ses réactions qu’elle voyait.  Ainsi elle découvrit que dans son profond intérieur, tout son
être donnait gloire à Dieu ; elle découvrit qu’au fond de son cœur, en fin de compte, elle n'a voulu
rien d’autre que d’être la servante fidèle du Seigneur.  Elle découvrit que dans le plus profond de son
cœur, son esprit, son être entier étaient enrobé dans l'amour de Dieu et que là seul règne sa joie.  
C'était cette joie qui l'a guidée durant toute sa vie de par toute sa souffrance et de par toutes ses
décisions douloureuses et difficiles qu'elle a dû prendre.  Cette joie elle est en dedans de nous aussi,
car elle est la présence de Dieu en nous.  La grâce de Dieu est la source de cette joie.  Nous avons
besoin de demeurer en contact avec cette joie en nous, et de la laisser nous guider.  Voilà la voie de
Marie!  Voilà la voie des Maristes!

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