Bonjour.  Ici le père Edwin Keel.  Je suis un prêtre Mariste et promoteur du laïcat mariste.  Cet
entretien est le douzième d’une série d’entretiens portant sur la spiritualité Mariste.  

Dans mon dernier entretien, j'expliquais comment nous Maristes parlons d'une "Église mariale" et
comment nous croyons que nous sommes appelés à aider l'Église à être plus Mariale dans sa nature
et son approche. Il y a quelques années, un Mariste français, le Père François Marc, a rédigé un
plaidoyer poétique qu'il a intitulé "Une Église mariale". Tragiquement, le Père François est décédé d’
un cancer il y a 10 ans à l'âge de 46 ans. Pour cet entretien, je voudrais simplement lire son poème.

Je voudrais plaider pour une Église mariale.
Non pas une Église qui multiplie les processions
ou les bénédictions de statues géants…
Une Église qui « vit l’Évangile à la manière de Marie ».

L’Église mariale suit Marie dans la montagne
et part avec elle à la rencontre de la vie.
Elle rend visite aux femmes et aux hommes
et, au-delà des stérilités apparentes,
elle est à l’affût de ce qui naît,
de ce qui est possible,
de la vie qui palpite en eux.

L’Église mariale se réjouit et chante.
Au lieu de se lamenter sur son sort
et sur les malheurs du monde,
elle s’émerveille de ce qui est beau
sur la terre et dans le cœur des hommes.
Et elle y voit l’œuvre de Dieu.

L’Église mariale sait qu’elle est l’objet d’un amour gratuit
et que Dieu a des entrailles de mère.
Elle l’a vu, Dieu, sur les pas de la porte,
guetter l’improbable retour du fils ;
elle l’a vu se jeter à son cou,
passer à son doigt l’anneau de fête
et organiser lui-même la fête des retrouvailles…
Quand elle feuillette l’album de famille,
elle voit Zachée sur son sycomore,
Matthieu et les publicains,
une femme adultère, une Samaritaine, des étrangers,
des lépreux, des mendiants,
un prisonnier de droit commun sur son poteau d’exécution.
Alors, vous comprenez, l’Église mariale,
elle ne désespère de personne.
Elle « n’éteint pas la mèche qui fume encore ».
Quand elle trouve quelqu’un sur le bord de la route,
blessé par la vie,
elle est saisie de compassion.
Et avec une infinie douceur, elle soigne ses plaies.
Elle est le port assuré et toujours ouvert,
le refuge des pécheurs,
« mater misericordiae », la mère de miséricorde.

L’Église mariale ne connaît pas les réponses
avant que les questions ne soient posées.
Son chemin n’est pas tracé d’avance.
Elle connaît les doutes et les inquiétudes,
la nuit et la solitude.
C’est le prix de la confiance.
Elle participe à la conversation
et ne prétend pas tout savoir.
Elle accepte de chercher.

L’Église mariale habite à Nazareth,
dans le silence et la simplicité.
Elle n’habite pas au château.
Sa maison ressemble à toutes les autres.
Elle sort de chez elle
pour parler avec les autres habitants du village.
Elle pleure et elle se réjouit avec eux.
Mais jamais elle ne leur fait la leçon.
Elle écoute, surtout.
Elle fait son marché, elle va chercher l’eau au puits,
elle est invitée quand il y a un mariage.
C’est là qu’elle rencontre les gens.
Beaucoup aiment s’asseoir un moment dans sa maison.
On y respire un bonheur.

L’Église mariale se teint au pied de la Croix.
Elle ne se réfugie pas dans une forteresse
ou dans une chapelle
ou dans un silence prudent
quand des hommes sont écrasés.
Elle est exposée, dans ses actes comme dans ses paroles.
Avec un humble courage,
elle se tient aux côtés des plus petits.

L’Église mariale laisse entrer le vent de Pentecôte,
le vent qui pousse dehors
et qui délie les langues.
Et sur la place publique, elle prend la parole.
Pas pour asséner une doctrine,
pas pour grossir ses rangs.
Elle dit que la promesse est tenue,
que le combat est gagné,
que le Dragon est terrassé à jamais.
Mais voici le grand secret
qu’elle ne peut que murmurer :
pour gagner la victoire,
Dieu a déposé les armes.

C’est vrai, nous sommes dans l’intervalle,
dans le temps de l’histoire humaine.
Et c’est une histoire douloureuse.

Pourtant, tous les soirs, à la fin des vêpres,
l’Église chante le Magnificat.
Car l’Église sait où sa joie demeure.
Et voici :
Dieu n’a pas trouvé inhabitable notre monde ;
Il n’a pas trouvé inhabitables les plaies du monde,
la violence du monde, la méchanceté du monde.
C’est là qu’Il nous a rejoints.
Et là, sur la croix, nous avons vu
la « miséricorde »,
le cœur ouvert de notre Dieu.

C’est là, au pied de la croix,
qu’un peuple est né,
un peuple marial.
« Voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait,
Jésus dit à sa mère : ‘Femme, voici ton fils.’
Puis il dit au disciple : ‘Voici ta mère.’
À partir de cette heure, le disciple la prit chez lui. »
Frères et sœurs, soyons de ce peuple.
Prenons Marie chez nous.
Entrons avec elle
dans l’« humble et déchirant bonheur »
d’aimer
et d’être aimés.
Et l’Église sera dans ce monde,
comme le disait Thérèse de Lisieux,
« un cœur brillant d’amour ».

François MARC

Le Père François Marc nous donne une belle vision de ce que l'Église pourrait être. C'est dans notre
vocation de Maristes de vivre de telle sorte que l'Église puisse montrer ce visage marial plus
clairement au monde. Dans les prochains mois, je voudrais commenter sur ce poème afin de mieux
comprendre notre vocation.  Voilà la voie de Marie!  Voilà la voie des Maristes!  
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